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  • Virginie Da Costa

Histoire de poils



L’été se rapproche et la chaleur aussi ! Je regarde mes jambes, je ne les ai pas rasées depuis le début de l’hiver ! Et c’est de là qu’est née mon interrogation : quand et pourquoi l’épilation féminine s’est-elle normalisée et est devenue si indispensable ?


On pourrait facilement penser qu’il s’agit d’une invention de la société moderne, peut-être datant de la révolution industrielle ? Et du fait que les femmes portent des vêtements de moins en moins couvrants au fil des époques. Mais non. Enfin oui, mais pas que ! La perception de la pilosité possède une très longue histoire et la question était déjà traitée à l’époque sumérienne (aux environs du IVème millénaire av. J.-C.) A cette époque, la notion de pureté rituelle était essentielle et elle s’exprimait, notamment, par le biais de l’épilation. C’est ainsi que les hommes arboraient un crâne, un torse et un menton lisses. Ils devaient également procéder à ce rituel après une relation sexuelle, en se rasant le pubis. Quant aux femmes, elles étaient exilées durant leurs menstruations et à leur retour, prenaient un bain et s’épilaient le pubis afin de se purifier. Les poils avaient alors une connotation négative et représentaient l’impureté. Pendant des millénaires, ils continueront d’être épilés pour des raisons culturelles, sociales, religieuses ou esthétiques. Et pourtant !

C’est à la chute de l’Empire romain que tout va changer. Les poils ne sont plus considérés comme impures grâce à … la religion catholique ! Et oui, si Dieu a voulu nous faire avec des poils, c’est que les poils, c’est bien ! Donc fini les cires et autres méthodes d’arrachage, on arbore des corps au naturel. Ce n’est que lorsque les Croisades ont commencé (1095 – 1434) que le choc des cultures s’est produit. En effet, en Orient, la culture du poil perdurait alors qu’elle avait été abandonnée en Europe avec l’arrivée de l’église chrétienne. Les combattants revenant des fronts, et après avoir connu des corps de femmes exempt de pilosité, ont ramené des techniques épilatoires pour leurs épouses.

C’est ainsi que le cycle recommença. Les poils étaient alors considérés comme disgracieux et étaient épilés pour ne pas être vus. La pratique était réservée à la haute classe puis s’est progressivement étendue à toutes les couches de la société. Plus les corps étaient exposés et plus la zone d’épilation s’étendait. C’est ainsi que de nos jours, il est moins commun de voir des jambes au naturel sous les frous-frous d’une robe.

Mais qu’en est-il de la nature biologique des poils ? Est-il sain de s’épiler ou au contraire nous exposons-nous à des risques ? Avant tout, il faut savoir que chaque poil possède un follicule pileux. C’est par ce follicule qu’est sécrété un sébum qui permet de conserver l’hydratation naturelle de la peau.

« On n’est pas des singes ! » En êtes-vous sûrs.es ? Nous possédons exactement le même nombre de follicules pileux que nos ancêtres (avant l’Homo Sapiens) ! Nos poils sont simplement moins épais et moins longs. De plus, pas de différenciation de genre pour le poil, les hommes et les femmes en possèdent exactement le même nombre : environ 5 millions. Leur utilité principale est de protéger notre peau des rayons UV mais également des changements de température. Lorsqu’il fait chaud, ils conservent la sueur près du corps pour le rafraichir. Et quand il fait froid, ceux-ci se dressent afin d’emprisonner une couche d’air tiède et éviter la déperdition de chaleur. C’est ce qu’on appelle la chair de poule !

Mais pas que ! Ils nous protègent aussi de l’intrusion de corps étrangers dans notre organisme, comme des bactéries, des insectes ou de la poussière. C’est notamment le rôle de nos cils, sourcils et poils de nez !

Mais alors, si nos poils nous protègent et nous hydratent pourquoi les diabolisent-on autant ? Ah oui. Les odeurs ! Dans la société moderne, on associe (à tort) les mauvaises odeurs de transpiration à nos poils. Or, la transpiration est inodore. Lorsque nous libérons les composants inodores, ce sont les bactéries de notre organisme présentes à la surface de notre peau qui se nourrissent de ces composés pour libérer ensuite des composants odorants.

Alors comment se fait-il que ce soit un calvaire olfactif dans le métro en pleine canicule ? Et bien tout simplement parce que nous ne sommes pas biologiquement programmé pour apprécier les odeurs de tous les autres êtres humains. En effet, vous n’êtes pas sans savoir que nous sommes des mammifères et que nos odeurs corporelles jouent un rôle à part entière dans le processus de séduction. Nos aisselles sécrètent des phéromones qui permettent d’attirer l’attention sexuelle d’un.e partenaire et nos poils permettent leur propagation à distance. Il est donc normal de ne pas apprécier les odeurs corporelles de tout le monde ! De plus, l’hygiène corporelle et l’alimentation influencent également ces senteurs.

Alors, que pouvons-nous en conclure ? Les poils ? C’est bien ou pas ?

Aujourd’hui, la science nous permet de comprendre beaucoup de choses. Biologiquement, tes poils sont utiles et te protègent. Malheureusement, nous connaissons que trop bien la pression que les femmes* subissent à cause des standards esthétiques modernes. Une seule chose est importante : cette décision appartient à chacun.e. Libérons-nous de ces croyances qui nous enferment dans des dictats que nous ne comprenons même pas.

Le choix t’appartient. Et il t’appartiendra toujours. Ton corps, ta vie, ton business.

Alors que tu décides de t’épiler l’intégrale ou rien du tout, ne te gêne pas pour porter ton bikini échancré préféré à la plage cet été !



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Rowenna

Based in Lausanne, Switzerland 

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