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  • Virginie Da Costa

Virginie, why are you a feminist ? (FRANCAIS)

Un jour, je devais avoir environ 8 ans, une nouvelle camarade est arrivée dans ma classe. Elle s’appelait Tania et elle a été ma première amoureuse.

Je me souviens des remarques des autres filles quand je le leur ai dit et leur incompréhension. A vrai dire, je ne comprenais pas trop non plus mais tout ce que je savais, c’est que j’adorais le sourire et les yeux de la petite Tania et que c’était chouette comme sentiment. Selon les autres, ce n’était pas normal. A 8 ans, j’étais déjà confrontée à des normes que je ne comprenais pas et surtout qui ne m’incluait pas.

On m’appelait souvent « jeune homme » à la boulangerie ou à la poste. Je portais les cheveux courts et j’étais souvent en salopette, avec un vieux pull et des chaussettes déparayées. Je jouais au foot et au basket avec les copains à la récréation. Je construisais des cabanes dans les arbres et j’adorais fabriquer des petites maisons pour les oiseaux. Quand il pleuvait, j’arrivais souvent en retard à l’école, car j’adorais trainer sur le chemin et profiter de la pluie et de tout ce qu’elle amenait avec elle ! Cette odeur si particulière, mais surtout : les escargots. Donc j’arrivais en retard, et je portais des dizaines d’escargots sur moi ! Mon comportement et mes intérêts faisaient que les filles ne m’acceptaient pas dans leur groupe. Grand bien leur fasse, je m’amusais bien plus avec les garçons ! A ce moment-là, je me souviens que je me posais la question de savoir si j’étais bien une fille. Que quelque chose chez moi était différent, après tout, j’étais peut-être un garçon, à l’intérieur ?

Pendant des années, j’ai revendiqué ce statut de garçon manqué parce que je voyais le regard de fierté de mon père quand je me montrais forte –je ne pleurais pas quand je me faisais mal-, intelligente -j’étais douée dans les matières scientifiques-, courageuse -je grimpais à la corde dans les arbres alors que j’ai le vertige-, « demmerde » comme il disait. Des qualités de petit gars selon les adultes. C’est comme ça que j’en suis venue à me dire que je voulais être un garçon. Je me disais que c’était beaucoup plus facile d’en être un. Et en plus, ils pouvaient pisser debout et ça, c’était la classe. J’avais essayé de le faire une fois en course d’école, et je suis rentrée avec le pantalon plein de pisse et une remarque dans mon carnet ! Ce qui est sûr, c’est que ça a beaucoup renforcé mon questionnement face au genre. Je ne comprenais pas pourquoi j’aimais faire des choses de garçon et le fait que personne ne m’ait jamais dit que j’avais tout simplement le droit, ont, par analogie, implanté en moi cette idée que je n’étais pas du bon genre ou anormale.

Mon enfance a été très violente et restrictive dans mon environnement familial, je ne m’épancherai pas plus sur ce sujet mais ça expliquera la suite. Quand je suis arrivée au début de mon adolescence, les choses ont changé très vite. La puberté me transformait et je ne me retrouvais pas dans les normes dites féminines. La coquetterie, le rose et les paillettes, les jeans moulants et les strings. Ce besoin de séduire constant. Et par conséquent, j’ai subi les moqueries de mes camarades pendant pas mal d’années. Je n’étais pas le type de filles qui plaisait aux garçons et moi je voulais être comme les autres, pour ne plus être mise à l’écart. Ca a été une très grande souffrance d’être rejetée pour qui j’étais : moi. J’ai cherché de l’amour par tous les moyens. C’est ainsi que mon premier baiser a été avec une fille. C’était ma meilleure amie et j’avais 13 ans. On s’entrainait juste mais j’avais bien aimé ça. J’ai appris par la suite que les mecs aussi aimaient ça, que ça les excitaient. Quand j’ai appris ce qu’était la bisexualité et que j’ai enfin compris que j’aimais aussi les filles, mes copines et moi avons, à de très nombreuses reprises, subis les agressions verbales et physiques d’hommes qui croyaient que nous nous embrassions pour les exciter.

Pour en revenir à l’histoire, ma meilleure amie de l’époque était une grande séductrice, elle avait déjà eu des relations sexuelles avec plusieurs partenaires. On trainait souvent chez elle parce que sa mère était rarement là et elle me racontait ses aventures alors, un soir, nous sommes allées chez des amis à elle. Je me rappelle la sensation de dégoût et d’insécurité que j’ai ressenti là-bas, alors pour me calmer j’ai bu un peu d’alcool. Il y avait de la bière et des joints. Elle était posée plus loin avec un mec et je ressentais toute la perversité émaner de cette situation, de cet homme bien plus vieux que nous et de son pote qui me regardait du coin de l’œil. Ca a été plus fort que moi, je me suis levée et je l’ai tirée en arrière. Je me souviens lui avoir crier dessus que ce mec ne voulait que son cul et qu’elle valait mieux que ça. On avait bu et fumé pas mal de joints. J’ai essayé de la faire partir mais elle n’a pas voulu. Elle est retournée avec ce type et je me suis retrouvée avec l’autre. J’étais fatiguée alors je demande où je peux aller dormir. Il m’invite dans sa chambre, alors je me mets en pyjama et je me couche à côté de lui. Ca n’a pas pris longtemps avant que je sente ses mains sur moi, et son érection. Ca m’avait pétrifiée. Il m’embrassait mais c’était désagréable, ça me faisait mal, alors je lui ai dit d’arrêter, que je ne voulais pas. Je n’avais jamais été aussi loin avec quelqu’un auparavant. J’avais peur et ce gars était bien plus fort que moi. Il était sur moi et je ne pouvais plus bouger. Comme il ne s’arrêtait pas lorsque je le lui demandais, j’ai fait une chose qui m’a sauvé la vie je crois et je ne sais toujours pas pourquoi c’est sorti comme ça : j’ai éclaté en sanglots et je lui ai dit que je m’étais déjà faite violer. Et là, il s’est tout de suite arrêter. C’est une des choses les plus étranges que j’aie vécu et je ne comprendrais jamais cette réaction. Il m’a ensuite pris dans ses bras et s’est excusé, qu’il ne savait pas et qu’il n’aurait jamais fait ça s’il avait su. La nuit s’est terminée ainsi. Cet événement, ça n’a été que le début d’une longue série.

En raison de mon enfance, j’ai longtemps pensé que je ne valais pas mieux que ce qui m’arrivait. Quand je voyais une injustice, j’étais la première à me battre (littéralement), mais dès qu’il s’agissait de moi, c’était impossible de penser de cette manière. J’ai subi les critiques, les humiliations, les violences et les agressions, et chaque fois une trace restait gravée. Une plaie, soit elle reste ouverte et elle pourri, soit elle cicatrise et se referme. Un jour j’ai appris ce qu’était la résilience. Cette capacité de transformer l’énergie destructrice en énergie créatrice. C’est ce qui m’a permis d’avancer malgré ce que je vivais. Sans le savoir, ce sont mes multiples cicatrices qui m’ont donné la force de me battre et d’avancer.

A ce moment-là, je n’avais pas du tout conscience du féminisme. Je crois même que je n’avais jamais entendu ce mot. Je trouvais toutes ces situations injustes et ma réponse a été d’aller à l’encontre de tout ce qui me semblait contraire à mon système de valeurs. Je transgressais toutes les règles que je pouvais parce que je refusais qu’on entrave ma liberté. On peut dire que j’étais une sorte de petite activiste à mon échelle, du moins, j’ai commencé à me défendre. Ce passage a duré toute mon adolescence et a été très dur. J’ai vécu beaucoup d’événements difficiles durant ces années et j’étais complétement perdue. Personne n’arrivait à m’atteindre et je n’arrivais à atteindre personne. Une des choses qui m’a sûrement beaucoup aidé à ne pas perdre espoir, c’est mon côté candide. Je suis tombée de très haut le jour où j’ai compris que les gens foncièrement méchant et cruel existent. Avant ça, je croyais dur comme fer que l’amour pouvait tout guérir, même les maux les plus incurables. Puis est venu le jour où j’ai voulu me dédier entièrement à un autre être : j’avais envie de devenir mère. Je voulais plus que tout au monde, créer un cocon familial sain et sécurisant, et surtout plein mais alors plein d’amour. Ce désir est venu très tôt et ce n’est que des années plus tard que j’ai appris que les femmes passent toutes par ce sentiment lors de la puberté.

Alors c’est arrivé, je suis devenue mère à 17 ans. Puis à 20 ans. Je me rappelle très bien que lors de mes deux grossesses j’avais souhaité avoir des garçons. Parce qu’avec les garçons, c’est plus « facile ». Ca démontre à quel point ma vision du statuts de la femme dans la société à ce moment-là était tellement horrible que je ne souhaitais pas enfanter de filles à qui je devrais l’apprendre. Évidemment, le destin en a décidé autrement et j’ai eu deux filles. Et aujourd’hui, je suis très fière d’elles et de qui elles sont. Elles représentent la raison de mon combat, de mes combats. Parce que justement, lorsqu’il faudra leur expliquer que certains hommes voient la femme comme un objet sexuel uniquement destiné à la reproduction, ou qu’elles devront travailler 3 fois plus qu’un homme et faire face à de multiples violences si elles souhaitent exercer une profession technique ou scientifique, ou qu’elles risquent de subir des agressions verbales et parfois physiques dans la rue en fonction de leur façon de s’habiller et ce ne sont que d’infimes exemples dans l’océan des inégalités et discriminations qui existent ! Alors non, je ne souhaite pas leur dire, que c’est ainsi et qu’il faut faire avec. Je veux leur transmettre l’envie de se défendre, de se battre pour ce qui est juste, pour la liberté, pour l’amour, pour le partage et la solidarité ! J’aimerais leur transmettre que le monde d’aujourd’hui n’est pas celui de demain, que rien ne demeure et que tout peut changer ! Que les pensées prennent forme lorsqu’on agit et que c’est ainsi qu’on déconstruira les croyances toxiques et cette société malade. J’aimerais leur transmettre que la vie n’est pas simple, que parfois on trébuche, que ça peut même arriver de rester allongé un moment. L’important c’est d’y croire. C’est quand j’ai senti en moi ce désir profondément ardant que ma décision était prise : ce monde-là, je n’en veux pas, en revanche, je veux en construire un autre !

Je veux que ça change pour que mes enfants et pour que tous les enfants de demain puissent vivre, évoluer et apprendre dans une société juste et équitable. Qu’on les respecte et qu’on les aime indépendamment de leur genre, de leur nationalité ou de leur orientation sexuelle. Qu’enfin cesse ce jugement de valeur dont tant d’enfants aujourd’hui souffrent encore et ô combien d’adultes !

J’ai bien conscience du monde dans lequel j’ai grandi, et je veux tout faire pour changer ça. Ce sont mes expériences et les expériences de nombreuses personnes victimes de ce système qui m’ont permis d’arriver à avoir le courage de me lever fièrement pour défendre ce qui est juste. Parce qu’il ne s’agit plus de moi, il est question de nous tous.tes.txs. et il est grand temps de s’unir pour construire le monde de demain et permettre une évolution des consciences. 

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Rowenna

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